LE VISAGE FEMININ DE l’INJUSTICE CLIMATIQUE  DANS LA REGION DE BENI-LUBERO

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INTRODUCTION

Depuis plusieurs années, les communautés vivant dans le territoire de Lubero ainsi que dans les Villes de Butembo et Beni en Province du Nord-Kivu, zones affectées par les conflits armés, font face à une multiplicité des phénomènes environnementaux préoccupants et fréquents parmi lesquels les sécheresses prolongées, les épidémies récurrentes, l’insécurité alimentaire, la disparition progressive de certaines espèces animales et végétales autrefois abondante dans la région ainsi que la dégradation des écosystèmes.

Ces perturbations souvent perçues comme des catastrophes naturelles isolées  trouvent pourtant leur origine dans un phénomène global : le changement climatique.

Dans ce contexte marqué par l’insécurité et la pauvreté, les populations sont souvent contraintes d’exploiter de manière intensive les terres, les forêts, les espaces protégés et d’autres ressources naturelles afin de satisfaire leurs besoins vitaux essentiels.  

Cette situation contribue à la dégradation de l’environnement et accentue la vulnérabilité de la population face aux aléas climatiques. Parmi les personnes les plus touchées figurent les femmes. Principales responsables de la production alimentaire, de l’approvisionnement en eau potable, de la collecte du bois de chauffage et des soins aux membres de la famille, elles subissent de manière disproportionnée les conséquences des perturbations climatiques.

Lorsque les récoltes diminuent et que les sources s’éloignent ou que les maladies se multiplient, la charge s’alourdit davantage sur les femmes et les risques aux violences basées sur le genre et sexuelles augmentent alors qu’elles demeurent insuffisamment  représentées dans les espaces ou se prennent les décisions relatives à la gestion  des ressources naturelles et aux politiques climatiques.

Face à cette  réalité, la justice climatique apparait comme une approche essentielle. Elle invite à considérer non seulement les dimensions du changement climatique mais également ses implications éthiques, juridiques, sociales et politiques. Dans cette perspective, l’intégration de la dimension genre est indispensable pour construire des réponses inclusives, équitables et durables

Déboisement pour la fabrication et recherche de la braise à Kimbulu

1. La justice climatique et ses conséquences sur les femmes

Avant de parler de la justice climatique, il est d’abord indispensable de définir le concept « climat » pour enfin épingler ses conséquences sur la vie des femmes.

a) Qu’est-ce que le climat ?

Le mot climat désigne l’ensemble des conditions météorologiques moyennes observées dans une région pendant une longue période. Il comprend notamment les températures, les précipitations, les vents, l’humidité et les saisons.

Contrairement à la météo qui décrit les conditions atmosphériques à court terme, le climat permet d’observer les tendances à long terme. Lorsque ces tendances sont modifiées de façon durable, on parle de changement climatique.

Actuellement, les activités humaines notamment la déforestation, l’exploitation excessive des ressources naturelles, l’utilisation des énergies fusibles et certaines pratiques industrielles, contribuent à l’augmentation des gaz à effet de serre et au dérèglement du climat.

Ce changement se manifeste par des sécheresses plus fréquentes, des inondations, la disparition de certaines espèces, l’insécurité alimentaire et la multiplication des maladies.

b) Qu’entendre par justice climatique ?

La justice climatique est une approche qui reconnaît que les effets du changement climatique ne touchent pas toutes les populations de la même manière.

Des cas d’érosion touchant certains champs en Commune Mususa en ville de Butembo

Elle met en évidence le fait que les personnes qui contribuent les moins à la dégradation de l’environnement sont celles qui subissent les conséquences les plus graves.

 Elle vise à faire respecter par tous  (Etat comme les citoyens) les obligations face au changement  climatique et le droit de chacun à vivre  dans un environnement  sûr, propre, sain, viable et durable en vue de garantir la jouissance effective des droits de l’homme.

Cette  approche confirme l’idée qui justifie que le changement climatique a également des répercussions sur l’économie, la politique, l’alimentation ou encore l’énergie tel que repris dans la convention cadre des Nations-Unies sur le changement climatique et les accords de Paris bien que dépourvue des mécanismes de sanction.

La justice climatique vise également à garantir une répartition équitable des responsabilités, des ressources et des solutions face à la crise climatique. Elle cherche à protéger les droits humains des populations vulnérables et à faire en sorte que personne ne soit laissé pour compte dans les politiques de lutte contre le changement climatique.

c) Les objectifs de la justice climatique

La justice climatique poursuit plusieurs objectifs :

  • Reconnaitre les inégalités face aux impacts du changement climatique
  • Protéger les droits des communautés les plus vulnérables.
  • Garantir la participation de tous, notamment les femmes, les jeunes et des peuples autochtones aux décisions environnementales.
  • Promouvoir la gestion durable et équitable des ressources naturelles.
  • Exiger des acteurs les plus pollueurs qu’ils assument leurs  responsabilités dans la lutte contre le changement climatique.
  • Renforcer les capacités d’adaptation des populations affectées par les catastrophes climatiques.

2. Les conséquences de stress environnementaux  sur les femmes  

La justice climatique accorde une attention particulière aux femmes car elles sont les premières touchées par les conséquences du changement climatique. Dans plusieurs communautés de Beni, Butembo et Lubero.

Les femmes assurent l’approvisionnement en eau, gèrent les déchets domestiques, la production agricole familiale et les soins aux personnes malades. Lorsque surviennent les sécheresses, les épidémies ou les crises alimentaires, leur charge de travail augmente considérablement :Une exposition accrue aux violences sexuelles : la raréfaction de l’eau, du bois de chauffage et autres ressources essentielles obligent les femmes et les filles à se lever tôt le matin et à parcourir des longues distances pour s’approvisionner. Dans plusieurs localités, les chemins empruntés sont isolés, mal entretenus et peu sécurisés. Comme la collecte de l’eau et du combustible est traditionnellement considérée comme une tâche féminine, les femmes supportent l’essentiel de ce fardeau. Cette situation les expose à des risques des violences sexuelles. A Njiapanda, au moins 53 cas de viol ont été enregistrés durant la période de 2025-2026. Des situations similaires sont rapportées à Butembo et à Beni où certaines femmes se réveillent très tôt, parfois en pleine nuit pour puiser de l’eau et se retrouvent confrontées aux agresseurs.

Les femmes et les filles s’approvisionnent en eau aux heures tardives et en longue distance à Beni et à Butembo.

Les effets néfastes sur la santé : le bois de chauffage demeure la principale source d’énergie utilisée pour la cuisson dans nombreux ménages. Les femmes consacrent beaucoup de temps et d’énergie à sa collecte et à son transport. En outre, l’utilisation des bois dans les cuisines peu aérées produit une fumée nocive qui augmente les risques de maladies respiratoires et pulmonaires, notamment chez les femmes et les enfants.

Transport des bois de chauffage et utilisation des bois de chauffage pour la cuisson

Les conditions de travail dangereuses et polluantes : face à la pauvreté croissante et à la diminution des opportunités économiques, de nombreuses femmes se tournent vers la transformation artisanale des produits agricoles notamment les fruits, les céréales et des tubercules destinés à la fabrication des boissons alcoolisées. Ces activités sont souvent exercées à ciel ouvert, sans équipement de protection ni mesures environnementales adéquates. Elles exposent les travailleuses à la fumée, à la chaleur excessive et à la pollution de l’air  tout en continuant parfois à la dégradation de l’environnement local.

Usine artisanale de préparation de la boisson alcoolisée

Une gestion difficile des déchets domestiques : les changements dans les modes de consommation entraînent une augmentation des déchets ménagers. Pourtant, des nombreuses femmes ne disposent pas d’informations suffisantes  sur les méthodes de gestion des déchets. Les vêtements usés ou inutilisables sont souvent conservés dans les habitations faute des solutions adaptées, ce qui peut favoriser l’insalubrité et la prolifération des maladies. A ceci s’ajoute le stockage des autres pièces  en base métallique hors usage comme les casseroles, les cuvettes, les machines  qui trainent dans maisons.  Dans nos communautés , les tâches ménagères et la gestions des déchets domestiques sont traditionnellement considérées comme des responsabilités féminines .pourtant , lors de la construction des habitations , les hommes souvent principaux décideurs , négligent généralement l’aménagement d’espaces ou poubelles  destinés à la gestion des déchets issus de la préparation  et de la consommation des aliments .

Stockage des déchets domestiques et autres immondices dans les poubelles à ciel ouvert .       

  • Une violation du droit à un environnement sain : l’article 18 du protocole à la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme (connu sous le protocole de Maputo) reconnaît le droit des femmes à vivre dans un environnement sain et durable. Cependant les réalités vécues par les femmes de Beni, Butembo et Lubero montrent un écart important entre les engagements juridiques et leur mise en œuvre. Le manque d’accès à l’information environnementale, aux technologies propres, aux infrastructures d’eau et d’assainissement ainsi qu’aux mécanismes de protection expose davantage les femmes aux conséquences du changement climatique et de la dégradation de l’environnement.

CONCLUSION

Les femmes ne subissent pas seulement les effets du changement climatique ; elles supportent également les conséquences de l’insuffisance des politiques environnementales et de la persistance des inégalités de genre. La justice climatique exige donc des actions concrètes pour sécuriser l’accès à l’eau, promouvoir des énergies propres, améliorer la gestion des déchets, protéger les femmes contre les violences et renforcer leur accès à l’information environnementale afin qu’elles puissent pleinement exercer leur droit à un environnement sain l’application des politiques environnementaux et les textes juridiques comme le protocole de Maputo.

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